Issue du cœur ligneux de la tige de chanvre, la chènevotte est un granulat végétal léger et poreux. Mélangée à un liant principalement minéral, elle entre dans la fabrication du béton de chanvre, utilisé dans les murs, les planchers, les toitures et certains travaux de rénovation.
Le béton de chanvre ne remplace pas le béton structurel conventionnel. Il est généralement utilisé comme matériau de remplissage et d’isolation autour d’une ossature porteuse. Son intérêt réside surtout dans sa contribution au confort intérieur et dans la possibilité de réduire l’empreinte environnementale du bâtiment lorsque l’ensemble du système constructif est conçu en conséquence.
Un matériau contribuant au confort thermique
La structure poreuse de la chènevotte confère au béton de chanvre une faible diffusivité thermique. Autrement dit, la chaleur traverse le matériau lentement. Cette propriété peut atténuer les variations rapides de température et retarder l’entrée de la chaleur dans le bâtiment pendant les périodes chaudes.
Le béton de chanvre combine ainsi isolation thermique et capacité à modérer les variations de température. Sa performance réelle dépend néanmoins de plusieurs facteurs : épaisseur des murs, densité du mélange, nature du liant, taux d’humidité, climat et conception générale du bâtiment.
Une régulation naturelle de l’humidité
Le béton de chanvre est un matériau hygroscopique : il peut absorber une partie de la vapeur d’eau présente dans l’air, puis la restituer lorsque l’atmosphère devient plus sèche.
Cette capacité de tampon hygrique peut contribuer à limiter les variations d’humidité intérieure. Elle améliore la sensation de confort et peut réduire certains risques de condensation lorsque les murs, les enduits et la ventilation sont conçus de manière cohérente.
Cette propriété ne dispense toutefois pas d’une ventilation adéquate ni d’une conception rigoureuse de l’enveloppe. Le béton de chanvre doit être intégré à un assemblage permettant la gestion et le séchage de l’humidité.
Une contribution possible à la réduction de l’empreinte carbone
Pendant sa croissance, le chanvre absorbe du dioxyde de carbone par photosynthèse. Une partie de ce carbone biogénique demeure stockée dans la chènevotte utilisée dans le bâtiment, au moins pendant la durée de vie du matériau.
Cet avantage ne signifie toutefois pas que tout bâtiment en béton de chanvre est automatiquement « carbone négatif ». La fabrication du liant, le séchage et la transformation de la chènevotte, le transport, la mise en œuvre ainsi que la fin de vie doivent également être pris en compte.
Les analyses du cycle de vie montrent que le stockage de carbone biogénique peut compenser une partie importante des émissions associées au matériau. Le résultat varie cependant selon la composition du béton de chanvre, la provenance des matières, les distances de transport et la méthode de calcul employée.
L’empreinte carbone dépend du système constructif complet
Le béton de chanvre étant généralement non porteur, il doit être associé à une ossature. Celle-ci peut être réalisée en bois, en acier, en béton ou à partir d’une combinaison de matériaux.
Le choix de cette structure peut être déterminant dans le bilan environnemental final. Une ossature en bois peut compléter avantageusement le stockage de carbone associé à la chènevotte. À l’inverse, une structure exigeant des quantités importantes d’acier ou de béton peut réduire l’avantage climatique du remplissage en béton de chanvre.
L’évaluation doit donc porter sur l’ensemble du bâtiment : la chènevotte et sa transformation, la nature et la quantité du liant, l’ossature porteuse, les fondations, les enduits, le transport, la mise en œuvre, les besoins énergétiques pendant l’utilisation ainsi que la fin de vie des matériaux.
Une ressource locale au service d’une construction mieux conçue
La chènevotte offre une voie de valorisation à forte valeur ajoutée pour la paille de chanvre produite localement. Elle peut contribuer au confort thermique et hygrique des bâtiments tout en stockant du carbone biogénique.
Son véritable avantage apparaît toutefois lorsque le matériau est intégré à une conception cohérente : approvisionnement local, liant à plus faible empreinte, structure porteuse adaptée, enveloppe durable et utilisation efficace de l’énergie.
La performance environnementale ne repose donc pas sur la chènevotte seule, mais sur la qualité du système constructif dans lequel elle est utilisée.
Références
- Hrčka, R. et coll. « The Measurement of Hemp Concrete Thermal and Hygric Properties », Materials, 2025. https://www.mdpi.com/1996-1944/18/7/1651
- Poupard, T. et coll. « Experimental Study of the Dimensional and Hygrothermal Properties of Hemp Concrete », Buildings, 2023. https://www.mdpi.com/2075-5309/13/10/2414
- Rivas-Aybar, D. et coll. « Environmental Life Cycle Assessment of a Novel Hemp-Based Building Material », Materials, 2023. https://www.mdpi.com/1996-1944/16/22/7208
- INIES. « Fiches de déclaration environnementale et sanitaire des produits de construction ». https://www.inies.fr/contenu-de-la-base/fdes-produits-de-construction/

